Daniel DUMONSTIER à Chantilly : l'expo à voir absolument !

Publié le par Michel M. Vital-Aêt



L’exposition des dessins de Daniel Dumonstier est à voir absolument, au musée Condé, qu’abrite le château de Chantilly.

Sa conception est remarquable : nous voilà soudain plongés dans une atmosphère de veillée d’armes, comme celle qui a dû précéder la fin de journée de la Saint-Barthélémy 1572 :

 - le silence de la salle d’exposition,

- la faible luminosité qui y règne,

- l’atmosphère étrange de cette salle aux scènes de chasse du château des princes de Condé où, en ce mois d’avril, on se sent saisi par l’humidité, comme on devait l’être dans les hôtels ducaux et au Louvre durant les printemps du XVIème siècle,

 tout concourt à créer pour le visiteur une ambiance qui l’immerge immédiatement dans l’époque cruelle vécue par la France de Charles IX, bien que Dumonstier (1574-1646) n’ait commencé à dessiner qu’à l’extrême fin du XVI ème siècle, alors que s’éteignaient les uns après les autres les rescapés et les assassins de la Saint-Barthélémy qu’il croquera néanmoins pour nombre d’entre eux : certains sont à Chantilly.

Mieux, chaque dessin est présenté au visiteur à une hauteur d’un mètre soixante environ au dessus du sol, de sorte que mon fils ou l’homme de taille très moyenne que je suis, à l’identique des français de l’époque, se trouvent confrontés à un vis-à-vis saisissant avec ces gueules inénarrables des gentilshommes du XVI ème siècle, qui ont nom Coligny, Guise, Grammont pour les plus illustres et d’autres aussi, qu’on désire soudain mieux connaître en rouvrant des livres d’Histoire.

On les  devine armés, on les imagine, nous croisant au sortir de leur hôtel, le regard habité par la méfiance, la haine ou l’angoisse.

 La suspicion habite toujours leurs expressions fixées par Dumonstier sur ces grands dessins aux tons pastel, quelque peu affadis avec le temps, malgré l’exceptionnelle qualité de leur conservation.

…la suspicion certes, mais aussi une sorte de visible boulimie de vie, qu’on sait courte à l’époque et dont les trognes, presque à la Jérôme Bosch parfois, fleuries par les séquelles de petite vérole, empourprées par les excès, déformées par d’improbables stigmates ou cicatrices, percées de boucles d’oreilles masculines dont la mode audacieuse vient alors d’être restaurée, semblent attester.

 Plus de quatre siècles après qu’ils aient rendu l’âme, soit sous les coups, souillant leurs velours dans le caniveau parisien, soit dans leur lit, le corps bientôt glacé mais encore sensible au contact du drap tiède, ces personnages se livrent ainsi à la postérité, comme si la rigidité cadavérique ne les avait jamais saisis.

Les femmes qui sont là, à leurs côtés, dans cette enfilade de portraits de ces Grands de la fin du XVIème siècle où nous sommes ainsi embarqués avec un bonheur mêlé d’effroi, ne tempèrent que modérément l’ambiance générale.

      Marguerite d’Etampes, mademoiselle de Fontlebon, la princesse Palatine ou Marie de Médicis adoucissent à peine de leurs traits, au demeurant parfois ingrats – c’est le cas de Marguerite d’Etampes telle que Dumonstier nous l’a fait parvenir dans ses expressions jusqu’en cette année 2006 – la férocité des temps qu’une observation morphologique de ces visages nous fait revivre.

Le visiteur se surprend nez à nez avec la fine fleur de la classe dirigeante de la seconde moitié du XVI ème siècle : il se prend aussi, espiègle, à mettre des noms contemporains sur ces faces réduites depuis si longtemps à la poussière des sépultures de châteaux ou de  fosses communes, au vu de ressemblances amusantes qu’il esquisse avec des gouvernants d’aujourd’hui.

 Continuité de la France d’en haut, aperçue dans cette galerie de portraits où se lisent la rouerie, la finesse, l’intelligence, la cruauté, la maladie, l’espièglerie, la balourdise, la folie, la félonie, l’ennui, la tristesse, la consanguinité, que sais-je encore ?

« L’histoire repasse les plats » écrivait Louis-Ferdinand Céline.

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