La légende de l' alousie

Publié le par Michel M. Vital-Aêt

On doit à Carlos-Nabil VITAL-AÊT, aujourd'hui décédé, qui vécut en Argentine où il fit souche,  la redécouverte de l'histoire fabuleuse de l'alousie, animal mythique et de légende, dont la première apparition dans un livre date de 1692.

Ce livre, dont il ne reste qu'un exemplaire connu, était en possesssion de Carlos-Nabil.

Son petit-fils a transmis à Michel VITAL-AÊT les éléments qu'il a réunis sur le sujet alors qu'il était étudiant en lettres à l'Université de Buenos-Aires, dans le cadre d'un mémoire universitaire, en 1993 :


L'histoire de l'alousie est ancienne puisque les mentions les plus significatives de cet animal étrange figurent dans la deuxième édition, datée de 1692, du " Bestiaire de Courtelot ", édité par Gagnon père et fils, maîtres imprimeurs à Château-Thierry.

Le dernier exemplaire connu de ce livre est conservé à la bibliothèque de l'université de Bahia Blanca, ville du sud-ouest de la province de Buenos-Aires, en Argentine, dont le registre des acquisitions de l'année 1967 mentionne :

" Donaciòn de cuarenta y dos ediciònes raras de obras anteriores al siglo dieciocho realizada por senor Carlos-nabil VITAL-AÊT, calle Evita PERON 18, Bahia Blanca." ( 1 )

Le descriptif qui y est fait de l'animal est ainsi rédigé :

" D'amples proportions, le triturus alosianis monstruosus est de la taille d'un grand chien de bergers, son globe oculaire  ayant forme ovale et d'oeuf de poule estant la taille d'icelui.

La bête a parmi moults attributs une glotte difforme de taille d'outre qui fait ouïr un cri dont ressemblance avec les pleurs d'une femme esbranlée de profond chagrin est establie.

Et en y a maints tesmoignages de ces faicts.

Sa production lacrymale donne au regard du Triturus alosianis monstruosus, autrement dit Alousie dans le pays briard, un aspect mouillé, de troublante et estrange ressemblance avec la figure d'un enfant courroucé et éploré ne réprimant point ses larmes.

D'où le surnom de triton pleureur donné à cette créature.

Le vieil prélat et voyageur italien Carlo Sampierri, de Bologne, féru de botanique et maître ès zoologie, écrit en quelque lieu avoir observé deux tritons géants dans le rû de Domptin, près du village de Bézu et aussi, près d'iceluy, dans le bois de Villiers, et descrit la bête dans son " Récit du second voyage d'un naturaliste dans le royaume très chrétien de France sous le règne de sa Majesté le Roy Louis le quatorzième ", en 1687.

Il écrit que la légende locale fait de l'alousie une beste adûlée dont les larmes et autres suppliques, audibles par jour de grans soleil et jusques à la nuit dans la région de Brie, intercèdent auprès de notre Seigneur Jésus-Christ en faveur de la protection des récoltes et contre dégasts de toutes natures.

Dugast de Saint-Mellie, dans son " Traité des causes inconnues " fait estat du retour à la vie d'une jeune fille, empoisonnée par rouges et toxiques baies forestières, incontinent regaillardie à l'ouïe du chant mélancolique du Triturus alosianis monstruosus en forest d'Ermenonville, le jour de la Saint-Louis de l'an de grâce 1523 ".

La dernière référence à l'animal a été faite par un disciple - au demeurant estimé et de réputation honorable - de l'entomologiste Jacques-Henri Fabre, le docteur François-Georges MARI-CHARLLE, lequel , dans un article des " Mélanges Dubost ", écrits et édités en 1976 en hommage à cet éminent médecin, affirma avoir fait l'observation, aux abords du grand rû à Domptin :

" d'un triton géant au ventre orangé, d'allure similaire au triturus alpestris mais de proportion beaucoup plus grande, doté de deux curiosités anatomiques : l'inégale dimension de ses globes oculaires d'une part, le gauche étant de la taille d'un oeil de boeuf et le droit quasiment invisible et une glotte hypertrophiée d'autre part."

La description donnée par le docteur Mari-Charlle ne fait cependant aucune mention du cri produit par l'animal.

Il conclut néanmoins en précisant avoir " recueilli dans les villages alentour des témoignages du respect de la population pour cet animal ainsi que de l'ire du clergé local pour le culte paien voué à ce triton géant considéré comme un être doué de pouvoirs magiques."

(1) donation de 42 éditions rares d'ouvrages antérieurs au XVIIIème siècle effectuée par Monsieur Carlos-Nabil VITAL-AÊT, 18 rue Evita Peron, Bahia Blanca").

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