Contamines, le pavillon caché des V...(I)

Publié le par Michel M. Vital-Aêt

Nous commencons aujourd'hui la publication d'une série d'articles consacré au séjour qu'effectua à Genève, entre 1942 et 1946 puis entre 1986 et 1989 deux générations de Vital-Aêt, issues de la branche "Michel Mehdi senior".
Ces chroniques remarquablement écrites par Michel Mehdi junior III constituent un apport précieux à la saga des Vital-Aêt, dont la présence en Suisse dès le milieu du XXème siècle met en valeur une nouvelle fois l'incroyable dispersion de ses membres à travers le monde, du Maroc à l'Argentine...en passant par la France.
À Genève, dans les années 80, les Vital-Aêt se lieront d'amitié avec une autre famille non moins universelle dans sa présence constatée à travers le monde, du Brésil à la Grèce, en passant par la Suisse ou la Roumanie, dont le patronyme commence également par un V...

Contamines, le pavillon caché des V...

On y entrait par un potager portugais, comme seuls on les découvre en Suisse, au hasard d'une visite, chez un parent, poussant le portail grinçant et bancal, aux fers moussus et verdatres ouvrant sur une allée bordée de plate-bandes livrées aux haricots, aux cucurbitacées, aux salades, aux radis et aux fèves, aux patates aussi.

Le portugais était là, bien sur, besogneux et discret, légèrement courbé vers ses semis, à demi-dissimulé par les plants de tomates.

Il avait l'art de se fondre ainsi dans ses oeuvres, de s'immerger dans ses cultures potagères comme le chinois dans sa rizière, enfoui sous les proliférantes productions maraichères qu'il avait générées.

L'allée conduisait au pavillon, dépendance d'une maison de maître encore debout, là, au milieu du parc.

Le pavillon semblait attendre son gardien, déjà perclus de rhumatismes, sans âge, attaché à son domaine comme un serf prussien à celui d'un Jüncker, une haleine embuée sortant de sa bouche haletante, cet après-midi là d'hiver, par -2°, dans ce clair-obscur gris souris annonçant l'heure du thé dans la demeure.

 Mais le gardien n'apparassit pas. Il n'était pas, ou n'était plus.

Le pavillon vivait les interminables jours finaux d'avant la chute, sous les coups de boutoir des démolisseurs à venir.

Le silence du parc paraissait l'annoncer, saisi par cette troublante et glaciale fixité, muette aussi, des vieux troncs qui l'entouraient, garde séculaire ceignant ses murs, dérisoire garde promise aux tronçonneuses...

Il fallait emprunter un escalier de bois aux marches inégales, pour certaines livrées au pourrissement, afin d'accéder à une galerie qu'on croyait sortie d'un roman de Julien Gracq ou de Pierre Moinot.

Les planches gémissaient sous les pas; la balustrade branlait et dissuadait de se pencher là, où des des âmes rêveuses eussent aimé trouver l'appui propice à ces instants précieux, durant lesquels le regard  se pose, vague et flou, sur un marronnier défolié, découpant sur le ciel métallisé ses branches en une sorte d'écheveau de noirs vaisseaux sanguins...Une corneille s'y promène, échappée de sa gravure d'Albrecht Dürer.

Publié dans Littérature

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