Le jeune homme aux fils d'or

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Olivier N. VITAL-AÊT, fils de Paul-Nassim, était né en 1906 à El-Aîet, au domaine construit par son grand-père, Wolfgang VITAL, où il mourut en 1956, des suites d'une interminable maladie.

La vie d'Olivier-Nabil fut une longue succession d'occasions manquées, de rendez-vous avec l'histoire jamais vraiment saisis, de rencontres improbables et d'amours interrompues.

Il y a quelque chose de romanesque dans le destin de cet homme métissé (il était le fruit de l'union de Paul-Nassim avec Houssna Lariki, dont on disait au début des années 1900 à Tanger qu'elle était la plus belle femme du Rif) : il connaîtra les honneurs, la richesse, la passion amoureuse, avant de vivre reclus de longues années dans son domaine d'El-Aïet, retiré du monde, abandonné par la plupart de ceux qui l'avaient aimés, admirés, fréquentés assidument.

D'Olivier-Nabil VITAL-AÊT, que reste-t-il aujourd'hui, hormis le souvenir de son fils, qui le perpétue avec émotion et le désir intense de témoigner, lui qui, à 87 ans, sait que ses jours sont comptés ?

Tout était  fulgurance chez Olivier-Nabil : ses amours, ses amitiés, ses affaires, brillamment démarrées, souvent brutalement interrompues...

Il y eût d'abord cet épisode incroyable, qui signa le caractère et l'itinéraire de cet homme hors du commun.

En octobre 1924, il s'embarque à l'insu de son père et d'Houssna, sa mère adorée, pour Dakar, à bord d'un cargo en partance de Casablanca pour l'Afrique occidentale française. Sur un coup de tête, à la suite d'une altercation futile avec son père...Sans le sou, dénué de tout contact local ou recommandation, il crée avec une audace ou insouciance incroyable une petite société, qu'il baptise avec un aplomb presque risible "Compagnie Coloniale des Ors Tissés", la désormais fameuse CCOT, devenue en quelques années l'une des affaires les plus florissantes de l'AOF.

Olivier-Nabil VITAL-AÊT avait quitté le Maroc les poches vides, hormis des échantillons de fils d'or que le père de son meilleur camarade de classe, au lycée de Tanger, lui avait donné quelques mois auparavant, lors d'une visite de son échoppe, dans la médina, où il vendait du fil précieux.

A peine débarqué de son cargo dans le port de  Dakar, il fait la connaissance d'un français installé là depuis de longues années, imbibé de whisky et toujours à la recherche de mauvaises rencontres faites sur le port à l'arrivée des bateaux, Joseph Dermine, avec lequel, nécessité fait loi, il va s'acoquiner. Dermine se présente à lui comme affrêteur de cargos, s'intéresse à ce jeune homme dont il flaire une flatteuse ascendance au Maroc et dont il espère tirer profit pour nouer à Tanger des relations d'affaires.

Pour donner le change, Olivier-Nabil lui montre ses fils d'or, affirmant être à Dakar pour installer à la demande de son père un comptoir de fils et tissus précieux.

Les deux hommes se jaugent, se bluffent, s'intoxiquent mutuellement, trinquent ensemble, Dermine emmenant son nouvel et jeune ami en tournée de bordels dès le premier soir, laissant le jeune homme ébahi devant le choix offert de tant de femmes blanches, arabes, noires, entre lesquelles il ne sait comment choisir. 

Logé dans la villa de l'imposteur, Olivier-Nabil se trouve dès le lendemain pris au piège de son esbrouffe de la veille et redevable vis-à-vis de Dermine, qui avait su le prendre en charge dès sa descente du bateau. 

Il écrit au père de son camarade de lycée, le commerçant en fils précieux, la lettre qui scellera sa destinée sénégalaise : 

 

" Cher Monsieur Drissi,

Vous savez par Abdel que j'ai quitté provisoirement notre belle ville de Tanger pour tenter ma chance en Afrique Occidentale Française.

Il y a ici une féérie de couleurs dans les vêtements des femmes africaines qui ouvre des perspectives prometteuses à une activité de négoce de fils précieux, auprès des tailleurs autochtones. Mon associé Monsieur Joseph Dermine et moi-même souhaiterions recevoir une livraison de 120 bobines de fil d'argent et de 45 bobines de fil d'or, dont nous pensons pouvoir assurer la vente durant l'année 25. Monsieur mon père vous assurera le paiement de cette commande, soucieux qu'il ne manquera pas d'être de mon devenir ici. La livraison est à faire à l'adresse suivante : ..............

Veuillez croire..."   

 

 

  Fin du premier épisode (suite à lire prochainement, sur ce blog)

 

 

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